Les pensées en enroulement. Enroulées sur elles-mêmes. Le tuyau d’arrosage serpente dans l’herbe. Orange dans l’herbe verte encore, elle n’a pas changé d’avis ; l’été pluvieux n’a pas délavé les couleurs. Toujours pas. Les herbes n’ont pas la couleur qui devient la sienne quand elles sont épuisées de chaleur. Le tuyau - plastique rutilant depuis des années on n’y peut rien on voudrait bien qu’il en soit autrement, mais rien n’y fait, ni les orages ni les ultra violets dardés ardents depuis le ciel - le tuyau serpentiforme circule dans les brins d’herbe frémissants. Serpent orange rayé de blanc. Bandes horizontales et parallèles ondulant dans l’herbe verte, elles silencieusement serpentent. Les pensées le suivent mais ne vont nulle part. Le regard remonte, serpentant au gré ondulant du tuyau d’arrosage inutile aux heures les plus chaudes et orange quoi qu’on en ait. Abandonné dans l’herbe verte, inutile et gorgée de pluie, lui inutile, elle gorgée de pluie, indifférent l’un à l’autre, l’un à l’autre indifférent serpentant. Le serpent ondule orangé dans l’herbe. Et les pensées le suivent, se suivent et ne ressemblent à rien de ce qu’elles furent, elles couraient les courants d’autrefois qui refluent dans la vague de chaleur. Et voilà qu’elles aussi serpentent serpentiformes et orangés dans les spirales de l’esprit. Qui pourrait dire où elles vont s’enrouler autour des racines des arbres et des pots de fleur.
L’eau dégringole dans l’escalier pour tromper la chaleur revenue inattendue. L’eau dégringole inutile et gaspillée mais la chaleur revenue rend nécessaire d’éclabousser les pierres de regarder les gestes éclaboussant éclaboussés, les gestes éclaboussent, la main remonte fait remonter, les yeux commencent à rire, prévoient le rire, la main remonte, l’eau gicle éclabousse verticale, la main remonte et la petite fille aux yeux rieurs commencent à crier. Avant même que l’eau éclaboussante ne la touche. Elle part en courant. Disparaît. Réapparaît. Déçue de n’être plus dans la ligne de mire. Des pensées. Des gestes. Si elle savait ... Pas un instant ...
Le rire retombe comme l’eau qui dégringole les escaliers, cascade artificielle. Ne tombe pas surtout. Fais attention. Rentre, il fait trop chaud. Qu’est-ce que tu fais ? Je rafraîchis la terrasse. L’eau ruisselle et rejoint ma pensée inutile qui de nouveau rejoint dans l’herbe la verticalité des nuages et remonte à la perpendiculaire du monde lassant lassée du monde, puis se dissipe se dissout loin au loin retombe en gouttes éclabousse recommence ça n’a pas de sens ce mouvement ce sont des acrobaties mais ça ne rime à rien on n’en fera rien. Rien qu’un sourire.
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 juillet 2012.
