Le blog-coquillage : en construction


Je cherche parfois à comprendre ce qu’est aux bords des mondes et quel lien se tisse entre lui et moi. Cela ne m’inquiète pas trop : j’ai tendance à ne pas poser de questions là où les choses fonctionnent, les jours passent et aux bords des mondes est de plus en plus un lieu naturel de ma pensée. Là où elle se dépose en strates. Là où elle s’élabore. Donc, pour moi, et sans préjuger en rien de la valeur de ce que je fais, les choses fonctionnent : il y a une dynamique réelle.

J’avais commencé par scinder l’écriture littéraire et mon activité philosophique dans la première version d’aux bords des mondes. C’était un premier état de la coquille qui n’a pas tenu très longtemps, qui n’a pas été suffisant très longtemps, tant la dynamique propre du développement du blog rend absurde de se scinder soi-même en deux avant d’aller écrire. Une telle situation ne pouvait bien sûr pas tenir très longtemps, elle ne fut qu’un premier moment. Outre que la scission entre soi écrivant, soi lisant, soi travaillant, soi préparant ses cours, soi élaborant est impossible à tenir.
L’espace ouvert ici instaurait des dynamiques et des fluidités là où la vie sociale tend à scinder les possibles et à faire des distinctions tranchées. Cette interaction est devenue suffisamment vive pour qu’il me devienne peu à peu impossible de couper aux bords des mondes de mon travail quotidien, de la préparation de mes cours, ou de ma recherche personnelle dans la mesure où ces activités mêmes ne cessent de traverser ma pensée, et pas seulement à des horaires convenues d’un travail raisonnable. Mon activité sociale est ainsi organisée que je peux avancer ma recherche en regardant par la fenêtre dans le train, ou préparer un plan de cours détaillé en faisant des valises.

J’ai décidé de ne pas y déposer ce qui est à proprement mon travail au sens social du terme, à savoir mes cours ou les états très officiels de ma recherche. Ils sont dans des lieux autres, bien identifiés, géolacalisables, ils ont un temps de manifestation dans le monde, une périodicité propre et tout cela ne convient pas à la non-géolocalisation et au rythme propre des bords des mondes, même s’ils composent une partie de mon activité pour laquelle j’ai un réel intérêt et qui, en outre, assure la régularité et l’exigence du rythme du travail. Les lieux et les temps, cependant, en sont hétérogènes. Tout ce qui, dans mon activité, n’a pas cette caractéristique finit toujours en quelque façon par se manifester ici. C’est la seule limite que j’aie instaurée entre aux bords des mondes et mon activité.

Aux bords des mondes est-il un blog coquillage ?

J’ai une réelle tendresse pour cette image de la coquille, et elle se superpose souvent, dans mon esprit, à l’image de mon activité lorsque je pense glaner un moment pour aller écrire aux bords des mondes, y mettre mes pensées en forme, délester mon esprit de ce qui le traverse, ou faire une variation sur une question philosophique que je me pose et qui n’apparaîtra pas comme telle mais traversera les phrases et sous-tendra leur déploiement. C’est une pause, une respiration non pas seulement dans la course du jour, mais dans la course de mes pensées (puisque mon travail consiste essentiellement dans cette activité). Un moment de mise au point, de sédimentation de soi. L’image de la coquille est seulement un peu trop statique et c’est la seule chose que je lui reproche, sans quoi je conviendrais sans réserve de cette image de l’élaboration de soi dans l’élaboration du blog. Et de sa protection nacrée.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 15 juillet 2012.



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aBdM (22)
aBdM (21) nos phrases sont si fragiles
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aBdM (17) abscisse et ordonnée de mes phrases

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