Spirale


Ce doit être cela, l’enroulement de l’être dans son mouvement singulier. À le regarder de près, à le tenir dans la main, immobile et indifférent, on se dit, on ne peut pas ne pas se dire, cela n’aurait aucun sens, il est impossible que cette pensée ne vienne pas heurter très doucement la conscience, il est impossible qu’elle ne la traverse pas comme une onde légère, une risée presque imperceptible, il est impossible de ne pas se dire cette pensée, cette pensée que ce doit être cela l’enroulement de l’être.

L’être s’enroulant silencieusement autour de lui-même.

Spirale de soi autour de soi. Sans qu’il soit éloigné de soi. Il n’est besoin ni de distance, ni de rupture, encore moins du fracas du monde. Spirale de soi dont s’enroulant autour de soi, l’être immobile se protège. L’être s’enroule dans la protection lisse et nacrée qu’il se donne, il y dépose la palpitation propre de sa vie : il la sent fragile.
Il sait, il reconnaît sans la connaître la nacre protectrice et lisse de la distance entre soi et le monde. L’être s’enroule dans la nacre lisse et dure, sans se retourner sur lui-même, il n’est besoin de nul narcissisme, il vaut mieux se laisser filer comme une corde lorsque les mouvements se tendent. Comme un nuage lorsque le vent souffle. Il vaut mieux ne pas s’opposer au mouvement et l’accompagner.
L’être se déployant s’enroule dans la conscience de soi qu’il étend au fur et à mesure qu’il la prend, comme on saisit très délicatement entre les doigts la nacre qu’on vient de découvrir et qui laisse, sur la pulpe des doigts, des grains de sable se coller et crisser. Ils la corrodaient, crissant.

D’un même geste, on retire la nacre à la corrosion du sable, on se retire, soi, à la corrosion. L’être s’enroulant autour de soi se défend inutilement.

Il y a cette zone tragique ensuite, à la limite des vagues, où les coquilles fracassées et brassées par l’océan, soulignent la fragilité des protections nacrées, soudain entrechoquées crissantes. Il serait inutile d’y penser. Pour le moment l’être s’enroule en spirales comme dans les spirales de sa pensée. Pour le moment c’est ici, spirales silencieuses de l’être autour de sa pensée elle-même s’enroulant en spirales. D’autres l’ont déjà dit, d’autres l’ont peint et l’image reste vertigineuse et calme.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 7 juillet 2012.



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