Alternatives possibles


Alternatives. Et les possibles en embuscade. Ils ne se donnent pas si facilement.

— Tu aurais fait quoi, toi, à ma place ?
— Je ne suis pas à ta place.
— Oui mais si tu y étais, tu ferais quoi ?
— Je serais bien ennuyé.

On peut rêver. Ça ne change rien. La structure du réel heurte les possibles.

— Tu aurais voulu faire quoi, toi ?
— Si quoi ?
— Si tu avais été autre que tu n’es ?
— Autre que je ne suis ? J’aurais rêvé d’être …
— Quoi ?
— Ben j’en sais rien.

Les possibles s’altèrent. Le contact du monde est décidément très abrasif.

— Pourquoi poser toujours des hypothèses ? À quoi ça te sert ?
— Elles sont légères, on dirait des papillons, elles se posent et on ne sent presque tien, ça ne te dérange pas.
— Des hypothèses sur les contrefactuels ? Pourquoi aller remuer les contrefactuels en plus …
— Ils ne dérangent personne. On peut toujours jouer avec.

On ne joue pas impunément avec l’impossible. Ça brûle les ailes.

— Tu crois que les possibles se referment ?
— Au fur et à mesure que tu avances … Ils se resserrent.
— Comme un espace clos dont les murs se rapprocheraient ?
— Je vois plutôt une pétrification lente … l’immobilité qui gagne … peu à peu … qui empêche les mouvements.
— Tu me fais peur avec tes images, on dirait la Gorgone. J’ai envie de partir en courant.

Encore une fois, je ne trouve qu’une solution : il vaut mieux enlever ses sandales et danser pieds nus dans le sable. C’est inutile mais le pas s’allège et les traces se répandent sur l’espace comme un éclat de rire.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 juillet 2012.



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|(Écrit) de guingois|
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