L’espace de tes pas


Le parc est mille fois parcouru, aux allées poussiéreuses. L’ennui y est latent, et égrené selon diverses modalités, adolescentes ou retraitées, maternelles et attentives. Les silhouettes se courbent sur les. Le vent le parcourt et soulève la poussière, et les enfants qui les remontent et les descendent soulèvent de leurs sandales d’autres nuages encore, et piaillent. Comme des moineaux. S’égaillent. Comme des moineaux. Dont l’espace demeure horizontal.

Tu refuses cette possibilité et ses balises.

Tu prends ma main. La mienne est toujours un peu plus froide que la tienne. Ça nous fait rire en hiver quand la mienne est glaciale et la tienne tiède et douce. Comme toujours.
Et tu inventes. Tu manifestes dans le monde la liberté de tes pas et de tes inventions qui se renouvellent constamment. Tes cheminements inventent des chemins de traverse. Nous partons de guingois. Nous partons de travers. Tu passes dans les buissons, sous les branches. Tu tiens ma main. Je te suis. Il paraît qu’il faut. Que c’est pressé. Tu me fais la visite d’un espace imaginaire.

Tu écartes le réel avec une grâce que je reconnais tout de suite.

Ta main est tiède et dans la mienne. Je donnerais tout au monde pour que ce moment dure toujours. Ta main dans la mienne, tu m’entraînes dans tes images imaginaires. Tu inventes un monde dans lequel ton nom s’est transformé, le mien aussi, je dois payer des sommes hallucinantes et tout à fait hors de propos mais le café est délicieux et vient du Groënland à dos de dauphin. Comment résister ?

Ça y est, nous y sommes. Nous ne sommes plus dans la poussière de cet été raté.

Nous remontons des sentiers merveilleux de ton espace imaginaire. Il faut faire attention de ne pas trébucher, des plantes surprenantes s’y déploient sans qu’on s’y attendent et tu ne sais pas si elles sont carnivores. Je fais donc très attention où je mets les pieds. Je ne trébuche pas, tu me tiens la main, elle est tiède et douce, ta voix m’enveloppe de ses rêves, je n’écoute pas tout, mais je comprends, je saisis, au juger, comme elles viennent, tes phrases déroulées comme un rêve en train de se faire.

Nous y sommes et soudain quelque chose bascule de ce monde. Je ne sais plus trop qui je croise, et je crois que ton histoire est plus forte encore que toutes les parenthèses mathématiques et que toutes les interdictions des adultes. Nous marchons pieds nus sur les pelouses. Je ne sais plus trop où sont nos chaussures. Nous les avons laisséees, quelque part, dans un coin du parc. Il ne manquerait plus qu’il pleuve, ce serait le fou rire assuré et nous n’aurions plus qu’à courir pieds nus.

Ça y est, voilà, c’est fait, Nous ne sommes plus au monde. La vraie vie est ailleurs



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 29 juin 2012.



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