Le cercle des possibles


Tu dessines sur la plage, dans le sable.
Tu me demandes le nom des îles que je connais. Pour le moment, tu mesures le monde à ce que j’en sais. J’égrène quelques noms. Des îles dans lesquelles je ne suis jamais allée mais qui attirent mes rêveries et qui remontent ainsi, à ta demande, à la surface de ma conscience.

L’air est doux dans le crépuscule. Je résiste à cette habitude qu’on les adultes de toujours restreindre les plages de temps et celles des possibles. De toujours refermer les espaces et les parenthèses et de tourner la clef dans la serrure dès qu’ils en ont la possibilité. D’opposer la verticale de leur stature au déploiement du monde. Et j’égrène dans le crépuscule des noms d’île qui concentrent mes rêves et dans lesquelles je ne suis jamais allée.

Tu demandes à présent que je les épelle.
Les lettres prennent forme une à une dans le sable humide. Crissement complice des grains de sable et des cailloux qui retiennent les inscriptions que tu traces, du bout de l’index.
Ton index dans le sable inscrit des noms d’îles lointaines et perdues dans l’infini de nos rêveries du monde.

Je t’explique qu’un philosophe autrefois a imaginé la Cité idéale dans une île et que c’est aussi une méditation de la mer et des vagues et des voyages et des possibles, de l’ouverture et de la protection. Et il entre tout simplement dans ton jeu. Et tu dessines une utopie sur le sable. Crissement complice du sable et des rêves au bout de ta main.

L’océan tout proche rend possible ces jeux qui nous inscrivent dans le monde. Il tient la présence de nos rêves. Sa rumeur les condense dans le sable humide qui prend forme sous tes questions. Parfois, le monde a la plasticité des rêves et la puissance du langage. Dans cette fine langue de sable aux bords de l’océan.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 17 juin 2012.



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