Les arborescences de la pensée


Les lignes sont régulières et le jardin est indifférent. Les lignes aussi sont indifférentes.

Comme un face-à-face d’un monde et d’un autre. Un monde en jouxtant un autre. Et des passages possibles. De l’un à l’autre. Sans coup férir. La surface du miroir ne se fissure même pas. Elle demeure, lisse et indifférente à nos passages.

Regarder le monde des feuillages comme on regarde en soi. Comme on se penche sur ses pensées. Comme on s’absorbe en elles. Elles, aussi bruissantes que les feuillages dans le vent.

Reculer. Encore un peu. Prendre la distance qui conviendra. Celle qu’on ignore. Mettre au point, photographiquement, les idées et leur agencement. Préciser. Affiner les discours et les concepts. Toujours un peu. Encore un peu. Jusqu’à parvenir à ce point où on sait exactement ce qu’on pense.

Pour cela, il y a une manière de faire. Laisser. Se développer. Dans l’immobilité. Les arborescences. Les arborescences de la pensée. La pensée est arborescente et immobile parfois. Aussi arborescente et immobile que la vie végétale. il n’y a rien d’autre à faire que de veiller à son déploiement.

Et la vie végétale est là, dans laquelle elle se reflète et se reconnaît, se duplique et se réassemble. Il suffit de rester aux bords des mondes. De marcher sur la seule ligne possible. De suivre exactement la trace qu’on trace en avançant.

Aussi muette et indifférente soit-elle à notre passage.

Ça n’a aucune importance. Véritablement aucune importance. il est possible de parvenir à ce point de ses pensées où on oublie jusqu’à sa propre existence. Et où le monde s’apaise et se dénoue.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 juin 2012.



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