Dénouer


Tout finit là. Les années finissent. Elles y commencent. Et les angoisses aussi.

Et les réassurances. Un pas puis l’autre. Presque rien. Vers le soir. Et l’assurance du lendemain. Lointains de soi.

Les yeux se portent au loin. Et très près aussi. Dans les détails du monde. Dessiner sur le sable. S’asseoir. Se poser. La main, sans qu’on y pense, caresse la surface du monde. Presque sans y penser. L’effleure. Et touche des éclats de soi.

La main comme autrefois. Ici rien ne change. Les gestes se retrouvent d’eux-mêmes dans la mémoire très ancienne du corps. La lumière change sans cesse. Ma main comme la tienne. Comme autrefois. Comme dans cet autrefois perdu. Ici retrouvé.

Et la grâce des oiseaux. Même au sol. Même arrêtés dans le souffle du vent, aux bords des soirs. Avoir sur le sol la conscience de leur légèreté. Avoir, sur le sol, la même légèreté qu’eux dans le vent. Imaginer, immobiles, leurs mouvements.

Jusqu’au point de n’être plus soi.
Jusqu’à ce point très fragile de l’univers où il n’est plus nécessaire d’être soi. Où cesse la pesanteur d’être soi.

Retrouver la pure forme de ce qui est. La forme pure de ce qui est.

Savoir qu’elle est déposée sur le fond de l’océan des pensées.

Disant la réitération du vent.

Sous la fragilité obstinée du sel mêlé de nos souvenirs. Dénouer dans les structures ce qui tient et ce qui délivre. Cheveux emmêlés. Par la grâce du vent.

Tout finit là. Et tout y recommence. Même l’absence. Et la présence.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 11 juin 2012.



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