Se tenir


Se tenir, là, aux bords des mondes.
Oublier. Oublier quoi ? Oublier. Abolir. Se poser. Respirer.
Se poser là. Respirer. Revenir. À soi.

Se tenir à ses pensées. S’en tenir à soi.
Il n’est pas nécessaire de toujours être en mouvement. Du moins n’est-ce pas nécessaire pour vivre.
Il peut suffire de respirer. Se tenir, se retenir. Pour une fois il n’y a pas de vent, on dirait qu’il est tombé, l’air est pur et le crépuscule est glacé. Tu te souviens de ce crépuscule ? Il était si parfaitement immobile.

Il suffit de se poser là, aux bords des mondes. Il n’est même pas nécessaire de laisser des traces. Je crois que bientôt il ne sera plus nécessaire de laisser des traces.
En approchant, on sentirait presque l’effacement de soi. Et de la pesanteur. Et comme une disposition étrange à l’étrangeté.

Il suffit de mettre son esprit à disposition des phrases. À disposition du monde : c’est-à-dire à disposition des phrases. De ne presque pas bouger. Il suffit de ne pas troubler la surface du monde de sa présence. De laisser son esprit s’impressionner. Je ne lutte pas. Pas contre les phrases. Pas plus contre les phrases que contre l’océan. Je les laisse advenir. Il ne peut s’agir que de les laisser advenir.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 7 juin 2012.



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