Dialogues insaturés, comme la pièce vide et se remplissant des résonances du monde de John Cage, ou comme "L’Erased De Kooning" de Robert Rauschenberg, œuvres insaturées qui se remplissent des bruits du monde ou des ombres du monde.
Cette hypothèse me fascine et m’attire. Que serait, insaturé, le texte ? Que serait, insaturé, le dialogue ? Ce serait un texte insaturé qui résonnerait des pensées du lecteur, qui laisserait, dans ses vides mêmes, dans ses creux sonores et idéels, se développer les pensées du lecteur non comme des prolongations des pensées de l’auteur ?
Que serait un texte qui laisserait se déposer sur lui, comme des poussières, les pensées de ses lecteurs ? Je tente l’expérience dans ce dialogue.
A — Pourquoi c’est comme ça ?
B — C’est comment ?
A — C’est comme ça, toujours, ainsi, où qu’on soit, où qu’on aille …
B — Tu vois ce qui serait autrement, ce qui, possible, serait autrement ?
A — Pas mieux que toi.
B — Ça doit exister, pourtant, quelque part …
A — Personne jamais ne me l’a dit. Personne ne m’en a rien dit.
B — J’en rêve …
A — De quoi ?
B — De ces possibles …
A — Suspendus …
B — Insaisissables …
A — Ailleurs …
B — Au loin … autant qu’il est possible, aussi loin qu’il est possible.
A — On en est tous là, dans l’ici et le maintenant, tentant de repousser les lignes, de les déplacer, de les étendre, de les …
B — outrepasser …
A — Nos rêves sont tous ultra-marins.
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 mai 2012.
