Les espaces. Constater que la ville a des vides. Des creux. La ville a des manques. Comme une déchirure dans le tissu. Comme un accroc à la texture de la ville.

Imaginer en suspension ici les vies, les espaces, l’habitat, les pas, les sommeils, les nuits, les nuits sans sommeil, imaginer les habitudes, les pleurs, les rires, l’affection, les disputes, suspendues là, en l’air, dans l’air de la ville, qui n’était pas froid, alors, bulles cubiques d’air chaud, suspendues en l’air, et dans lesquelles les disputes, les rires, les secrets, les amours, les passages, et les escaliers, monter, descendre, faire les courses, partir, rentrer, revenir, claquer les portes, pleurer. Tout cela suspendu en l’air, pour combien de temps ?

Temps suspendu. Chacun accroché. Accroché à son temps. Le temps passe. Tu viens ? Tu t’accroches ? Tu tiens, hein ? Accroche-toi. Comment-ça, y a plus rien ? y a plus rien, nulle part. C’est tout vide, on tombe. C’est vide. La vie, les possibles. On tombe, c’est vide.

Au moins, on n’est pas tout seul. On n’est pas tout seul, à s’accrocher comme on peut.

Alors qu’est-ce qu’on fait ? On fait quoi ? On repart ? On remonte, on y va, on va où ? Tu sais toi ? Moi j’en sais rien, j’en ai marre, de l’équilibre, du vertige, du déséquilibre, parce que l’équilibre, c’est le déséquilibre. L’équilibre, on tombe. On monte sur le toit, mais on tombe. Alors on fait quoi ? On va où ? On tombe. Dans le vide.
1ère mise en ligne et dernière modification le 4 mai 2012.
