Pas un nuage dans mon ciel d’été. Le monde flotte. Ses contours hésitent. Je les vois s’évanouir. Je pense à l’éternité. Tu penses au bleu de l’ozone délétère. Tu glisses, encore, toujours, au fond d’un roman de Hamsun.
Dans les lointains, la poussière de la ville, comme une brume de plomb.
Tu as zébré la longue arête, caressé les abîmes, en équilibre sur les mondes. Les pics resplendissent dans le soleil implacable. Je pense au granit noir de la Peuterey, à l’humide, au vide.
C’est comme ça. On ne voit jamais venir un nuage.
Tu ne t’interroges pas sur l’origine du nuage donc. Tu composes avec lui. Ils sont merveilleux, dit-elle, car l’un appelle l’autre, et tu aimerais la croire.

Alors je m’allonge, tête renversée. L’herbe est haute, picotements. Comme d’habitude tu penses que des milliers de petites bêtes vont parcourir ton corps en tout sens et le dévorer. Pas un nuage dans mon ciel d’été. J’en crée un voluté, cotonneux, pour m’y envelopper ; tu le veux fragile, fuyant, vif, évanescent.
Bleu blanc gris, quelle différence ?
Je me suis assoupi. Un peu transi, j’ouvre brusquement les yeux sur l’obscurité. Le ciel a disparu. Et, encore une fois, tu demandes s’il reviendra.
C’est comme ça. Le nuage rend le ciel sensible.
Merci à Samuel Dixneuf d’accueillir mon texte ici et de cet échange dans les nuages qui était dans l’air depuis longtemps. Comme chaque mois, vous trouverez la liste des échanges dans le cadre des vases communicants ici, grâce à l’attention de Brigitte Célerier, dont nous devons l’initiative et le principe à François Bon : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
1ère mise en ligne et dernière modification le 4 novembre 2011.
