Suite hétéroclite (12)


Ni on part ni on ne part pas. Il faudrait partir, sans doute, mais on ne sait pas quelle heure il peut bien être. On devrait rentrer, sans doute. L’heure passe. Elle est passée. On ne sait pas quelle heure il est. On sait seulement que le temps passe, qu’il est passé. On le sait au déferlement des vagues qu’on n’a pas cessé de regarder. On attend la prochaine vague, on fait des prévisions sur les éclaboussures et sur l’écume qui rejaillira, sur la hauteur qu’elle atteindra, on se dit à soi-même "je pars à la prochaine vague immense". On part en courant, on revient. Ni on décide ni non ne décide pas, la prochaine vague immense sera encore plus immense. On sait que le moment ne peut plus durer très longtemps, on sait bien. Ni on se contredit ni on ne se contredit pas. On a seulement répondu "attends, j’arrive" mais le vent souffle si fort qu’il a emporté les paroles, comment en serait-il autrement ?, sans doute n’étaient-elles pas audibles, elles se sont perdues, elles se sont dispersées, loin, ni on répond ni on ne répond pas, on continue de regarder les vagues, et l’écume et leur déferlement, on dit des choses, qu’on ne dit pas, on ne prévoit rien, on sait qu’il faudrait partir, mais on attend encore un déferlement d’écume, on avance dans la mousse, on repart en courant, et si la vague est plus rapide et qu’on est éclaboussé, on éclate de rire, on ne sait rien, en fait, on n’a repéré aucune régularité, aucune prévision n’est possible, on fait des prévisions impossibles sur la hauteur de la vague à venir, elles sont toutes fausses, arrive une vague immense qui nous rabat sur le sable, nous recouvre, on est submergé, on rit, on est vivant.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 septembre 2017.



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