Suite hétéroclite (2)


Surface de projection des pensées

Ne rien troubler, pour un instant encore, qui s’étire, on n’en connaît pas la mesure, on la prendra quand il sera trop tard. Laisser remonter, à la surface, la conscience. Comme une effervescence légère dans l’eau dont on s’amuse un instant. Attendre. Le vent ride l’eau étale, un instant, un souffle. Puis plus rien, retombe.

Soi : ligne verticale au bord. Immobile. Les ombres à cette heure-ci effacent les contours, et se glissent dans la nuit, s’y laissent absorber.

Reflet de ciel. Un nuage glisse à la surface de l’eau. Je le regarde, immobile, point d’interrogation à la surface du monde. Le vol d’un oiseau traverse le lac, un souffle de vent le ride, puis retombe. On reconnaît le ciel à ce qu’il est imperturbable. L’eau par moment marque un frémissement.

Symétrie imparfaite du paysage, qu’on détaille pour suspendre l’instant encore un peu.

Soi, point d’insertion dans le monde, à la surface du monde, mais de là où on regarde, en à-pic de la surface, vertige, on ne se voit pas, on voit le monde comme si on n’y était pas, il demeure possible de se retirer dans un lieu calme de la pensée, de regarder le monde comme si on ne lui appartenait pas. Pour y revenir. Peut-être. Un soir.

À moins qu’on ne reste ici, au bord du ciel. À écouter en lui le vol d’un oiseau.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 août 2017.



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