Renaître ( deuxième mouvement) (11)


Effriter la matière dont ne cesse de reconstituer l’espace stérile du monde devient une obsession obsession diffuse et inutile, elle s’abolirait d’elle-même si elle s’instillait trop profondément dans la conscience, mais laisse en retour une impression de sable entre sous la pulpe des doigts : accorder une place possible aux souvenirs, ne pas les effacer des regards que nous posons sur la ville et le lieu, et sans espérer apporter une réponse aux questions qu’ils inscrivirent en nous, ne rien abdiquer de ce qui fut dans nos êtres des traces de douceur inscrites en nous je me souviens si bien de la ville et de la transparence liquide de sa présence autour de moi, je ne comprenais pas les consignes qui informaient d’une possible tempête qui la submergerait et avais renoncé même à m’en inquiéter, mais qui s’y souvient de moi ? elle se surimpose à ce que je perçois du monde et d’elle j’ai disparu, personne, dans la ville rêvée, sans doute, ne se souvient plus de moi, je cherche à conserver les instances des silhouettes que j’ai croisées, et qui m’ont indiqué un cheminement possible vers un temple ancien entre les gratte-ciel, entouré d’un silence qui ne se trouble pas, mais elles aussi s’effacent de mon regard et pourtant elles le constituent, et la ville s’éloigne dans le temps bien plus encore que dans l’espace, je me souviens des étendues glacées la quittant et ne disant rien d’autre obstinément,mais il ne s’agit pas que d’elle à travers cet éloignement dans le temps, inscrire dans tout halo d’incertitude la possibilité de se souvenir, de ne pas se perdre, de ne pas s’absorber dans l’immédiat, et leurs ombres passent, se dessinent, s’entrelacent aux attentes, et même les souvenirs que je n’ai pas et qui me sont transmis, qui se sont instillés dans ma conscience alors que jamais même je n’ai croisé leurs regards, ni frôlé leurs présences, mais je sais la douceur de leurs voix que je n’ai jamais entendues, et leur attention intense alors même qu’ils ne me connaissent pas, et d’eux tout me fut à jamais refusé et me restera refusé dans le silence de la distance, insu, sinon qu’ils sont en moi, essentiellement en moi, et d’eux il me revient, à travers les strates successives des éloignements, et à travers les courants contraires, des souvenirs qui ne sont pas les miens et qui me constituent plus encore.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 27 avril 2017.



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