Renaître ( deuxième mouvement) (1)


Reprenons la ligne interrompue, reprenons, repartons pour de bon, sans attendre davantage, il suffit de tendre la volonté puis de la laisser se dérouler, se détendre, tout est question d’impulsion, le talon finit le geste et le pied se déroule sur le monde, même si le monde est l’asphalte de la rue, repartons de toutes les hallucinations possibles, bercement hallucinatoire de toutes les hallucinations possibles que nous nous donnons à nous-mêmes, reprenons la marche, diastole systole un instant interrompu, parfois le cœur se suspend à une question, cesse de battre, tressaillement et puis reprend parce que la vie l’emporte mais seulement pour cette raison, aucune autre, purement, simplement l’obstination du corps. Je me souviens de la mandorle de leurs yeux interrogatifs. La chimie du cerveau n’a nul besoin de la pollution de l’industrie pharmaceutique, elle se nourrit, se nourrira des images qu’elle se donne à elle-même, indépendamment de toute molécule inventée dans un laboratoire, sous les lumières des néons, elle se bercera des images qu’elle se donne à elle-même, bercement, pur bercement des images que les représentations idéales se donnent d’elles-mêmes, reprenons, rythme hallucinatoire que la répétition des pas produit seule, condition sine qua non de toute hallucination possible, la marche interrompue demande de retrouver le rythme possible des hallucinations subtiles que nous nous donnons à nous-mêmes, qui d’autre ?, pour nous rassurer de toute hallucination possible qui tiendrait le monde à distance de ce que nous sommes, de ce que nous ne sommes pas ?, bercement des hallucinations possibles, je ne sais pas laquelle précisément, chacun les siennes, chacun le rythme de sa marche et la genèse propre de ses hallucinations, je me souviens de la mandorle réitérée de leurs yeux interrogatifs, un pas puis l’autre, systole diastole, nous reprenons la marche selon la ligne mélodique du monde que nous inventons au fur et à mesure que nous la suivons, rien ne nous est donné de la partition des rôles et des espaces que nous improvisons, art de la fugue, art de la fuite, je me souviens de la mandorle interrogative de mes yeux que le monde qu’ils ne cessent de ne pas comprendre, nous improvisons la ligne que nous suivons au fur et à mesure que nous l’inventons, nous ne la connaissions pas avant même de la suivre en la dessinant, un pas puis l’autre, diastole systole, les hallucinations sont lentes à monter comme une marée en soi, mais il n’est pas besoin de l’eau lourde et chimique du sommeil, remontant toutes les images possibles que notre cerveau nous offrirait, intact de toute chimie, indifférent à toute chimie lente et lourde comme l’eau des cuves et des citernes de plomb, l’hallucination monte en soi, rythme diastole systole de la marche, un pas puis l’autre.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 mars 2017.



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