Renaître ( premier mouvement) (9)


Mais avant la pesanteur, il y aura les vertiges — puissions-nous y croire —, avant toute chute, il y aura les envols, et les prodiges, et les vagues qui soulèvent le corps, arrachent à la pesanteur, c’est tout un, puissions-nous y croire, élan ou vague, c’est tout un, puissions-nous les sentir advenir, les sentir être, je n’arrive plus à écrire une phrase sans la répétition extatique de cette musique dans ma tête, inversement, il me suffit de la répétition extatique de cette musique dans mon esprit, pour que la tension se transforme en pur élan de la phrase, pour que la tension devienne ce qui porte, et et permet le mouvement.
Avant les vertiges, il y a eu la pesanteur, puissions-nous lui échapper, puissions-nous créer l’élan suffisant pour lui échapper, qui ne dépend pas de nous seuls, qui n’est pas simplement de notre volonté ni de notre désir, puissions-nous échapper à la pesanteur, avant de la retrouver, mais qu’importe ? Il y a, dans la syntaxe même de la phrase, des élans possibles et qu’importe la pesanteur ?

Je me tiens à des images, à des musiques comme seules capables de me faire échapper à la pesanteur, pures impressions, elles seules permettent de traverser les apparences, de se rendre à l’évidence, à l’essentiel, elles seules font donner au nageur un coup de talon vers le ciel, vers la surface, vers l’air enfin devenu respirable (expérience constitutive de la noyade qui a constitué, en soi, un noyau dur de silence, ainsi donc j’étais seul, absolument seul, moi comme les autres, les autres comme moi, ainsi donc on tourne donc autour de quelques expériences qu’on essaie de dépasser, coup de talon salvateur vers le ciel ou vers le fond, c’est tout un, la seule chose qui compte est de ne pas répéter ?), ou plongée dans la vague, c’est tout un, il n’y a pas lieu de les opposer, ni de les distinguer dans les courants puissants de l’esprit, il y a dans ces images, dans ces musiques, dans cela qui est offert et le demeure, et ouvert, dans la main tendue, des possibilités inexplorées de respirer, ou de reprendre souffle, dans les profondeurs de la vague, ou de revenir à la surface de soi, de la conscience, de son aspiration au monde, comme dans les courants les plus profonds auxquels elle nous entraîne. Je veux bien essayer, avec le talisman de cette musique, de cette image, de descendre aussi loin qu’il est possible vers le miroir de la conscience, surface et profondeur c’est tout un, là où se trouve le souffle extatique et répété de la phrase.

Je n’arrive plus à écrire autrement que par la répétition extatique de cette musique dans mon esprit. Je n’arriverai plus à passer autrement que dans la répétition extatique de cette image, de cette musique dans mon esprit. Je ne finirai jamais d’en connaître toutes les inclinaisons, toute les déclinaisons, toutes les modulations, de trouver en elle toute consolation possible, je me tiens à la répétition extatique de cette musique, sept minutes et quarante-trois secondes pendant lesquelles le monde n’existe plus, durant lequel il n’est que pur élan, pour revenir à lui, sans lesquelles, sept minutes et quarante trois secondes, je demeure sous la vague déferlante, souffle absolu au-delà de tous les possibles, le monde n’existe plus que dans mon élan vers lui, je reviendrai plus tard, heurterai le réel qui cogne, mais pour le moment, sept minutes et quarante trois secondes, le cœur bat du pur élan de retrouver le monde.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 7 mars 2017.



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