Renaître ( premier mouvement) (7)


Tendre à. Tout mouvement est une tension. Tendre vers. Rien ne soutient la flèche qui vole et traverse l’espace et même si elle ne vole pas, elle tend. Vers. Tout mouvement est une tension qui revient à l’état originel de repos mais pendant qu’elle est tension, soutenue par la seule volonté, elle continue l’être.

Une fois que les obstacles sont surmontés, les difficultés entrevues, vaincues, tout mouvement est une tension, qui a besoin pour se dérouler comme une phrase, rupture contre le silence, de surmonter les obstacles.
Obstacle surmonté : cesser de se détourner du monde, y revenir, prendre appui sur le réel, insérer le point d’insertion de soi, affaibli, incertain, obstacle surmonté, l’incertitude du mouvement, incertitude de tenir, de passer, de ne pas perdre l’équilibre, vaciller, toute marche est une lutte contre les déséquilibres et la marche glissante entraîne le pas, je ne suis pas sûr de passer, je ne suis jamais sûr de passer, personne n’est jamais sûr de passer, de ne pas manquer de souffle, obstacle surmonté de plus, ne pas manquer de souffle, faire comme si on ne s’inquiétera pas de ne pas manquer de souffle, retenir son souffle, se convaincre qu’on n’en manquera pas ou que ce n’est pas la question, la question n’est peut-être pas là, obstacle surmonté un peu plus loin dans la liste, se convaincre que l’obstacle n’est pas là, surmonter l’obstacle en se convaincant qu’il n’est pas là.

Tendre à. La flèche vole et ne vole pas, mais même si elle ne vole pas, elle tend à atteindre la cible. Tendre à. Ce dans quoi l’être se déploie. Tenter de déployer son être, d’étendre ses jambes, d’allonger la marche, d’ajuster son regard, de tendre la main. Tendre à. Dans le mouvement lui-même qu’on pensait impossible, la question de la volonté se dénoue. La marche commencée sans certitude porte, le pas s’allonge, les mouvements devenus fluides deviennent aussi presque inconscients, insensibles, une dynamique de la marche prend le relai de toutes les décisions éparpillées.
Soi : éparpillé. L’ombre frêle se penche sur le sol, ramasse un objet minuscule, de loin on ne voit pas sur quoi elle se penche, on devine son attention, silhouette en contre-jour sur le ciel du souvenir, elle se penche, ramène à elle un pan de tissu que le vent a fait s’envoler, dévie un peu sa marche, et se penche de nouveau, ramasse un objet qu’elle essuie entre ses doigts, les souvenirs se perdent à la lisière de la conscience, je cherche la perspective précise sur le souvenir.
Il ne peut pas être autre qu’une recomposition des morceaux de réel qu’elle ramasse sur la plage, irisés par la mer, qu’importe ce qu’ils soient ?, elle se penche et ramasse de minuscules morceaux de réel dont elle essuie le sable entre ses doigts au goût de sel. Le mouvement se maîtrise dans les détours, les arrondis, les retours, les voltes, les modifications du rythme. Il ne peut pas se faire que je ne sois pas à la limite de cette image, tension vers le réel, apaisée par les irisations que la mer lui apporte, ou le goût de sel que le vent laisse sur la peau.

Tendre à. Les fragments se rassemblent dans un éclat de lumière et de soleil et de vent et de mer, et le regard embrasse en eux l’immense.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 mars 2017.



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