Renaître ( premier mouvement)


Et puis, tu sais, soudain ce mouvement : comme un renouveau. C’est peut-être parce qu’il a fait beau cette après-midi mais je ne crois pas que ce soit seulement la douceur de ce rayon de soleil, lorsque nous étions étendus sur la plage, et que le sable se dressait en minuscules forteresses entre les doigts, qui les faisaient aussitôt s’effondrer, puis les reconstruisaient, et de nouveau les réduisaient à néant pendant que la mer nous donnait l’assurance douce que quelque chose n’en finirait jamais d’être.

Il se joue des effondrements architectoniques entre les phalanges au repos des rêveurs allongés au soleil, suivies des volutes enroulées de nos fantaisies. La mer était presque immobile et les adjectifs iraient se perdre dans son turquoise azuréen, je préfère ne pas en parler.

Alors j’ai eu envie d’écrire, comme si c’était la première phrase. Avec une absolue liberté. Comme si chaque phrase était tout à la fois la première et la dernière. Comme si elle constituait à elle seule tout éclat possible de sens entre deux néants. Elle les disjoindrait un instant et se mêlait ainsi à jamais de leur dislocation. Et qu’il dépendait à chaque fois de nos seules lèvres de le prononcer. Comme si tout le sens éclatant qu’il était possible de donner au monde dépendait entièrement de chaque seule phrase prononcée contre les silence. Une vague après l’autre, un mot puis l’autre, les vagues minuscules se brisaient l’une après l’autre dans une presque horizontale qu’elles troublaient à peine, et elles entraînaient avec elles des myriades de méduses minuscules et pourpre.

La mer sans doute gardait le souvenir parfait de coquillages arrogants.

Il y avait si longtemps que je gardais cet élan en moi. Si longtemps que je le retenais. Je le sentais à présent dans la puissance des phrases comme dans l’envie qui parfois serre le cœur de déroule le sable sous mes pas, avec la prescience douce q’ili les accepterait, les porterait. Je sentais dans la même envie de courir à la lisière des vagues, et d’étirer l’extension des phrases entre deux silences. De fissurer le silence avant qu’il ne m’emporte, et par chance, avant qu’il ne m’emporte il y avait toute la puissance de la pensée, tout l’élan de la vie.

J’avais envie d’écrire comme on court pieds nus dans le sable, sans souci autre que la légèreté.

Le monde n’en garderait aucun écho et cela n’avait aucune importance. Il n’avait gardé aucun écho de ce qui avait le plus de sens, le sourire d’un enfant dans son sommeil, la caresse sur la joue donné par lui qui savait ce que je ne savais pas, à quoi jamais je n’aurais de lien que ce geste, il ne gardait aucun écho de ce qui tisse la fibre la plus intime de nos êtres, même les gestes de tendresse que nous n’avons pas su faire tissent sa texture invisible, alors cela n’avait aucune importance.

Je voulais marcher à la surface du monde, et le traverser entre deux néants comme une phrase suspendue entre deux silences. Je voulais écrire comme s’il était possible de reprendre le geste du plus loin, et de resserrer l’attention dans la focale la plus insistante sur monde. Pour cela, il y avait un océan à décrypter dans la plus infime de nos impressions, dans le temps le plus suspendu dans l’incertitude.

Cela seul m’intéresse : l’extension infinie des jours. Il suffit d’écouter ces fragments de sens entre deux néants.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 18 février 2017.



vos commentaires et interventions

|Renaître (mouvement)|
Renaître ( troisième mouvement) (3)
Renaître ( troisième mouvement) (2)
Renaître ( troisième mouvement) (1)
Renaître ( deuxième mouvement) (11)
Renaître ( deuxième mouvement) (10)

mots-clés

Follow IsabelleP_B on Twitter

vos commentaires