La concrétion de l’écriture


Christine Genin, hier, m’a écrit ces mots qui ont tout de suite résonné dans le silence : "tes textes tournent autour des concepts philosophiques par le travail sur les mots". J’ai déjà remarqué qu’un regard bienveillant donne des dynamiques et simplifie les questions qu’on a nouées trop serré. Ces regards sont bénéfiques parce qu’ils ne nous changent pas, mais nous aident à être ce que nous sommes en simplifiant la manière dont nous le sommes.

Cette phrase m’a permis de me rapprocher un peu plus de l’écriture que je tente de déployer. Parce que je sais que je cherche avec obstination, mais je ne sais pas exactement ce que je cherche. Je sais que si le trouvais un jour, je le reconnaîtrais, mais je sais aussi qu’il est très peu probable que je le trouve un jour, parce qu’alors ma recherche n’aurait plus lieu d’être, et qu’elle porte en elle sa propre dynamique. Je cherche le mouvement, qui est la vie, et je cherche à rester en mouvement aux bords des mondes et ailleurs. Ce que m’a fait entendre Francis Royo en m’écrivant : "rester dans ce perpétuel déséquilibre, avec cette tension, c’est sans doute la clef de la ferveur".

À mes yeux, l’abstraction n’est pas un éloignement, une déchirure qui nous écarte du réel (même si on raconte à l’envie que Thalès est tombé dans un puits, mais après tout, c’était en regardant les étoiles). Si nous ne disposons pas de concepts généraux (et donc abstraits) pour le saisir, nous sommes réduits à seulement constater qu’il est insaisissable et chatoyant. Il faut des mots ou des concepts, les uns comme les autres sont généraux, je ne les oppose pas même si je les différencie, pour ne pas se perdre dans la variabilité des impressions et les jeux complexes du réel protéiforme. Seule l’abstraction, donc, nous ramène au réel par le détour de ce qu’elle élague et qui permet de replonger dans le concret du monde en ne le subissant pas. L’abstraction est une activité de l’esprit, une tension.

Si les concepts philosophiques ont du sens, il est donc possible de les incruster dans le concret du monde pour y voir se déployer le quadri-dimensionalisme, la causalité, les mécanismes cognitifs de la mémoire, les arborescences de la décision dans la théorie des jeux, les structures logiques du langage et de la pensée, le réalisme des mondes possibles … . Et si effectivement ils se déploient dans le concret du monde, alors ils s’y retrouveront, dans une autre forme d’écriture, qui ne se centre pas sur l’abstraction conceptuelle mais sur les mots et la sonorité des phrases au contact du concret du monde. Jeux d’échos et de sonorités que je tente d’accorder comme on accorde un instrument de musique, aux bords des mondes.

note : toute ma gratitude va ici à Christine Genin et à Francis Royo, et à tant d’autres, que je ne cite pas encore, seulement parce que j’ai tant de chemin à faire, mais ils savent combien leur regard m’éclaire.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 octobre 2011.



2 Messages de forum

|Méta-blog|
Nos gestes concertants (déconcertants)
Des îlots en friche, et tout cela donnant du sens
De l’absence de frontières aux bords des mondes
Où respirer ?
Et le reste …

mots-clés

Follow IsabelleP_B on Twitter

vos commentaires