Donner des raisons morales. Problèmes de l’éthique kantienne


Paraît ces jours-ci, aux Presses de l’Université de Besançon, l’étude que j’ai menée pendant des années à l’intérieur de l’éthique kantienne : "Donner des raisons morales. Problèmes de l’éthique kantienne". Plusieurs années de recherche se terminent et j’ai le souci de dire précisément d’où cette question s’est posée pour moi.

Je reprends ici la quatrième de couverture (et je remercie au passage le travail des Presses de l’Université de Besançon, et leur attention généreuse à mon ouvrage qu’elles ont fait devenir livre) :

"Faut-il ne jamais mentir ? Devons-nous nous interdire le moindre mensonge alors même que cette rigueur morale rendrait bien pénible et bien incertaine la vie en société ? Qu’en est-il, à plus forte raison, si ce sont des assassins qui poursuivent un de nos amis ? Leur devons-nous la vérité ? Comment défendre une thèse aussi absurde ? On attribue souvent cette position morale trop rigoriste au kantisme pratique, et certes, il y a quelques raisons de le faire. Comment dès lors ne pas considérer que le kantisme pratique achoppe sur tous les cas tragiques que l’Histoire a fournis au cours des siècles, et en particulier au XXème siècle ? Le kantisme serait-il donc incapable de penser la complexité de notre monde contemporain ? C’est cette objection factuelle radicale que l’auteur a voulu prendre au sérieux. Cela demandait de repenser, à l’intérieur du kantisme, la possibilité de résoudre des situations dans lesquelles, de manière intuitive, nous aurions tendance à accepter le mensonge. C’est d’ailleurs l’objection que n’a pas manqué de faire à Kant, dès 1797, Benjamin Constant. En repartant de cette polémique, l’auteur fait fonctionner jusqu’à son point limite la position kantienne en morale pour montrer qu’elle est encore capable de nous servir à penser notre monde et qu’elle continue de répondre aux questions que nous nous posons."

J’ai commencé cette étude il y a très longtemps, en 1990 … c’étaient alors mes premiers pas dans la recherche, mon mémoire de Maîtrise, comme on l’appelait à l’époque, et le sujet m’en avait été inspiré par les cours de Jules Vuillemin que j’ai suivis au Collège de France. Lors d’un semestre de cours, il avait proposé une lecture de la polémique sur le mensonge entre Kant et Benjamin Constant, sur laquelle il a d’ailleurs publié un article. Et il a initié pour moi vingt-cinq ans de recherche, et ouvert pour moi une voie d’entrée dans la constitution de mon propre travail.

De cette question se sont déployées pour moi d’autres questions, par effet de rebond, par besoin de comprendre. S’est imposée la nécessité d’investiguer tout le rapport entre le réel et le normatif, de comprendre comment on pouvait essayer de saisir le réel par la rationalité s’est imposée pour moi comme le geste fondateur de la philosophie, son ambition radicale et le cœur de sa compréhension. Au moment de publier ce livre, qui reprend ce que j’ai compris de la puissance conceptuelle kantienne saisissant le réel et lui donnant forme, de cet effort de pensée, je veux le relier à celui qui a initié ce mouvement et cette recherche, et saluer la mémoire de Jules Vuillemin.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 octobre 2014.



vos commentaires et interventions

|Éthique, méta-éthique, métaphysique|
En quoi aurait-il pu faire autrement ? / From "ought" to "could"
L’obstacle épistémologique du management
Levinas et l’émergence de la question éthique
La négation de l’impératif catégorique. Parfit lecteur de Kant.
Norme et valeur (mise au point provisoire)

mots-clés
_

Follow IsabelleP_B on Twitter

vos commentaires