46 villes, bourgs & autres lieux, de Nathanaël Gobenceaux


Comme des cartes postales. Des cartes postales sans les images. Elles sont dans les phrases et dans notre esprit. Parfois d’ailleurs elles coïncident. Des cartes postales sans le kitsch. Juste avec l’urgence de dire. Et de garder une trace de son passage quelque part dans le monde. De faire signe, des lointains qui seront un jour les lointains de la mémoire.

Alors avec le livre, 46 villes, bourgs & autres lieux, de Nathanaël Gobenceaux, on passe dans une ville, qu’on a déjà traversée ou qu’on ne connaît pas et on reçoit l’urgence d’en dire quelque chose. Pour ne pas s’effacer soi du monde. Ou plutôt dans 46 villes, bourgs et autres lieux. Pourquoi 46 ? Le livre pourrait se continuer comme notre vie pourrait se continuer encore un peu. Même si cela nous éloigne de certaines villes, le mouvement alors nous amènerait à d’autres.

J’ai passé, je m’en souviens si bien, et je n’aime pas compter le temps qui m’en éloigne, il y a quatre ans de cela une semaine à Tokyo qui m’a à jamais impressionnée au sens photographique du terme. Parfois je ressens étrangement la dissymétrie : de cette ville qui est en moi à jamais je suis complètement effacée. Qui se souviendrait de moi à Tokyo alors que j’en ai ramené un répertoire infini de souvenirs ? J’ai passé : je suis passée.

J’ai lu le livre de Nathanaël Gobenceaux en ressentant d’abord et avant tout cette urgence dans l’écriture. Il est toujours urgent d’écrire. Toujours urgent de fixer les lignes des toits des villes où nous sommes passés. De garder un souvenir de ce que nous avons vu. Comme si les souvenirs étaient ce que nous avions de plus durable. De plus solide. De plus sûr. Dès lors qu’ils sont couchés dans les phrases.

Ce que dit de ces traversées Nathanaël Gobenceaux, ce qu’il en fixe est une scène en nous dans le décor de la ville. Ce sont des scènes en nous. Il y a un nous. On ne sait pas qui compose ce nous. Il y a la ville. Et nous. Un nous qui vient englober le lecteur qui recroise des villes qu’il a traversées, où il a vécu aussi parfois. Ce nous est une des très belles choses de ce livre. Il inclut dans la scène et dans le décor de la ville toute l’épaisseur de la vie.

Il se tisse au fil des phrases de ce périple une géographie impressionniste des villes qu’on reconnaît. Dont on a en soi des images aussi, même pour les villes qu’on ne connaît pas mais dont les images nous sont parvenues, images véhiculées par tant de moyens différents que nous ne savons même plus comment nous connaissons les images des villes que nous ne connaissons pas. Il se tisse quelque chose qu’on reconnaît être la vie même. Son passage. On traverse le monde comme Nathanaël Gobenceaux traverse les villes. Ou plutôt il nous raconte sa traversée des villes et on comprend que c’est le monde et le temps qui sont là. Aussi. Tout entiers. C’est de la même manière qu’on traverse le temps et le monde et il y a en toute chose la même urgence à être nous.

Mais tout cela est en filigranes. Implicite. Dans les images des villes traversées d’où Nathanaël Gobenceaux, simplement, nous envoie un signe de phrases. Il y a nous. Dans des villes traversées. Ce nous qui doit toujours trouver un lieu où être dans le monde.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 7 juin 2014.



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