… ce qu’il nous a toujours été …


Ce que le vent nous a toujours été : emportant nos souvenirs, les dispersant au loin, au loin de nous, ce que le vent toujours nous sera, l’oubli de nous, de ce que nous avons été, l’oubli.

Certaines images sont déjà des souvenirs
lors même que nous les vivons, elles viennent en nous et se répandent dans nos phrases, comme si leur présence ne pouvait être que là, dans ce que nous en dirons, quand elles seront devenues passées,
nous penchant aux bords des temps s’emmêlant les uns dans les autres comme le vent le fait de nos cheveux
presque sans délai aucun, le présent devient un souvenir, ou sombre dans des lointains qui ne nous sont rien, et de certaines images, il reste /
sans doute /
une coloration dans nos phrases qui ne peut être, je le suppose, que la respiration que le vent nous a donnée, autrefois, quand il est passé, autrefois, quand nous jouions dans le vent, pieds nus, dans le sable.

Ce que le vent nous a toujours été : un moment, l’oubli du temps.

Je ne peux pas m’empêcher de chercher
dans notre fragilité
des fragments d’éternité que les vagues se chargent de polir comme des galets.
Je me heurte au chagrin
absurde
de regarder des pans d’éternité que je croyais être celle des êtres
s’effondrer
puis être emportés dans le vent. Avec mes larmes.

Ce que le vent nous a toujours été, l’oubli du temps, l’oubli du monde, sur lequel il soufflait, toujours le même, poussant Ulysse, toujours le même, dans mes cheveux, poussant Ulysse, soulevant les vagues, et de lui je ne sais rien, sinon qu’il vient de nulle part et s’en va se perdre au loin, de nulle part au loin de nulle part, soufflant dans mes cheveux et troublant mon regard, poussant Ulysse au loin, allant se perdre, au loin, dans le passé
mieux que des larmes

Parfois le monde est dévoré de larmes comme un acide et de cela,
le vent seul nous éloigne.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 28 février 2014.



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