Publie.net, soutien à la création


Gwen Catala a publié récemment et diffusé ce qu’il a appelé un Appel de Bangkok, et qui attire l’attention sur l’urgence qu’il y a à soutenir Publie.net pour soutenir la création littéraire. Nous sommes nombreux à le relayer, comme Christophe Grossi, et je rejoins les rangs. Il est très rare que je rejoigne des rangs, je n’ai pas l’esprit d’équipe, mais avec eux, comment ne pas l’avoir ? La dynamique est là, belle et généreuse !

Car Publie.net, en effet, soutient la création.

La question n’est pas celle du support numérique/papier ou ce genre de fadaises avec lesquelles on nous étouffe et on nous fait perdre notre temps. J’aime les livres mais je me moque complètement qu’ils soient sur papier ou pas. Quand je lis un livre, je lis un texte, et le support m’indiffère complètement, ce n’est pas un problème de lecteur. Je préfère même qu’ils soient immatériels et numériques, ça m’évite d’allumer la nuit, pour lire, et ils ne m’arrachent pas l’épaule pendant les attentes dans les gares.

Le seul vrai problème qui intéresse les lecteurs, c’est qu’on leur donne accès aux livres, et à des livres qui ne sont pas formatés par le goût actuel des maisons d’édition papier qui vendent au plus grand nombre, travaillent pour le plus grand nombre, se soucient du plus grand nombre, et pas des individualités ni de leur originalité.

Le seul vrai problème des auteurs est d’être déchargés du souci de trouver comment être lus. J’aime écrire, je ne sais pas monnayer, échanger mon écriture, je ne sais rien faire d’autre que la déployer. Je n’ai pas envie de démarcher des maisons d’édition papier, je n’ai pas envie de me heurter aux lippes méprisantes d’éditeurs parisiens, je n’ai pas envie d’essuyer des rebuffades qui seront liées à des logiques commerçantes qui n’ont rien à voir avec ce que j’écris. Si François Bon ne m’avait pas ouvert les portes de Publie.net, je n’aurais tout simplement jamais publié parce que j’avais besoin qu’écrire reste un pur bonheur, demeure en suspension dans le bonheur d’être, et je ne voulais pas l’abimer par des lettres infectes et étroites d’éditeurs qui ne savent pas comment refuser. Je n’aurais tout simplement pas été un auteur si Publie.net ne m’avait pas publiée, et sans doute mon écriture ne se serait-elle pas déployée comme il lui est devenu possible de le faire (les bords des mondes sont arrivés après).

Le travail de François Bon, de Gwen Catala et de toute l’équipe de Publie.net défend la création. Ils défendent les textes qu’ils aiment. Ils accueillent les auteurs avec une générosité qui n’a d’égale que le travail immense qu’ils mettent dans cette entreprise. Ils nous donnent ce que tout lecteur et tout auteur attend d’une maison d’édition (et à quoi si peu d’entre elles répondent) : mettre les lecteurs au contact des textes que, sans elles, ils n’auraient pas rencontrés, comme ces superbes aventures de re-traduction menée par Danielle Carlès sur Horace ou Laurent Margantin sur Kafka.

Je suis venue sur Internet il y a quelques années pour élargir mes horizons. Il y aurait tant de noms à citer encore que ce billet me paraît minuscule à côté de la richesse du catalogue mais je ne veux pas le clore sans évoquer les merveilleuses traductions de Canan Marasligil et le vrai bonheur de découvrir avec elle la littérature turque contemporaine. C’est une chose pour laquelle, selon moi, il faut sans cesse batailler et c’est une exigence qui est au cœur de Publie.net. Je voulais élargir mes horizons et j’ai découvert aussi la poésie qu’ils publient, les auteurs rares et exigeants qu’ils défendent, comme Jean-Yves Fick.

Je me sens en accord avec cette maison immatérielle, et je les remercie tous, du fond du cœur, de m’avoir accueillie.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 avril 2013.



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